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.C'est en 2001 que le Printemps des Alizés a vu le jour avec des musiciens dont bon nombre étaient amateurs. La réussite fut cependant immédiate et au-delà des attentes des organisateurs. Le public comme la presse ont salué le festival et le président de la Fondation Alizés, André Azoulay, a conclu la première édition par un mot qui, en soi, était un bilan : " pour un coup d'essai c'est un coup de maître ".
Les raisons du succès ne peuvent être toutes passées en revue. On peut toutefois en énumérer les principales :
Il existe un public mélomane de plus en plus nombreux au Maroc, qui n'hésite pas à se déplacer pour écouter de la musique de chambre ou de la musique symphonique comme l'illustrent les concerts de l'Orchestre Philarmonique du Maroc.

Un festival de musique de chambre dont les concerts sont gratuits ne peut manquer de susciter jusqu'à la curiosité du grand public
La participation des jeunes ajoute à l'attrait d'une telle manifestation et crée un engouement chez les parents désireux de doter leurs enfants d'une culture musicale
Le site magique d'Essaouira donne un cachet particulier au Printemps Musical des Alizés et attire en plus du public national, un public étranger qui deviennet des habitués du festival
Forts de ce succès les organisateurs se sont attachés à offrir au public au cours de l'édition suivante des concerts de grande qualité dont certains furent d'un niveau exceptionnel. Pour ne citer que quelques noms le Printemps Musical des Alizés a accueilli en 2002 un des meilleurs violonistes du monde le Coréen Dong Suk Kang, Philippe Muller un des violoncellistes européens les plus réputés dont l'interprétation de la sonate de Kodaly pour violoncelle seul a fortement ému le public, Pascal Devoyon lauréat de la meilleure distinction française au Concours Tchaïkovski, le Norvégien Rolf Lislevand un des spécialistes mondialement réputés de la musique ancienne et dont le concert au Riad Gyvo connut un succès étonnant. D'autre part le festival a été marqué par la présence d'un compositeur américain James Hartway dont la pièce " Images of Mogador ", composée spécialement pour le festival, a été interprétée dans une première mondiale par un Trio de l'orchestre Philharmonique de Détroit. Enfin pour rester dans les grands moments du festival citons l'hommage à la paix et à la tolérance auxquels Essaouira est très attachée que furent " Liturgies pour un monde de paix " interprété par Hélène Delavaud, Susan Manoff et Marie Christine Barrault.
Sans oublier le récital du pianiste palestinien Salem Abboud dans l'Eglise de la ville : grand moment d'un festival dédié à la cause palestinienne, dans une ville symbole de la coexistence des communautés musulmanes, juives et chrétiennes ; une ville que le Maroc a édifié à l'orée de l'ère moderne en signe d'ouverture sur l'Autre. C'est cette image du Maroc que le festival revendique, celle d'un pays creuset de cultures, celle d'un pays attaché à la paix, celle du Maroc historique, du Maroc sans artifices.

Les retombées sur la formation musicale
Loin de s'ètre cantonné à des concerts de qualité, le festival s'est fixé comme objectif de contribuer à la formation des jeunes musiciens marocains. Le succès rencontré par le récital des jeunes pianistes de la première édition fut cause de la mise en place d'une académie de musique composée de master classe bénéficiant de l'encadrement des meilleurs professeurs européens. L'Académie Alizés organise dès l'année 2002 ces classes à Rabat dans la période précédant le festival. Elle répond aux besoins d'encadrement des jeunes musiciens marocains. Pour la session 2003 elle s'enrichit de cours nouveaux : au piano, violon, violoncelle et chant s'ajoutent la musique de chambre, le luth, la technique vocale, le chant des Andalousies, une classe pour duo de chant et pour chant avec musique de chambre. L'encadrement est professionnel avec la direction artistique et pédagogique de Susan Manoff et Marie Christine Barrault et plus adapté dans la mesure où il prend en compte les besoins et les profils des étudiants marocains. La qualité de l'enseignement dispensé à l'Académie est attestée par son ouverture sur les étudiants étrangers voués à des carrières musicales.
Par ailleurs la mise en place d'une Académie dont le principal objectif est d'œuvrer pour une formation musicale solide a donné ses premiers résultats puisque le Ministère de la Culture s'intéresse de près à l'expérience et se déclare prêt à l'épauler en tant que partenaire.
D'autre part comme fruit de l'Académie un festival International " Jeunes talents " est organisé (en plein air) à Essaouira où se produiront les stagiaires sélectionnés à cet effet par les professeurs.
La particularité du printemps des Alizés ne se limite pas à ces aspects artistiques et musicaux mais concerne aussi son organisation et son éconimie de moyens.

Salem Abboud en discussion avec André AzoulayUn festival de qualité
avec de modestes moyens
Avec la deuxième édition en effet le Printemps qui a débuté avec 500.000 Dh, atteint un budget de 1 million de dirhams. Le printemps des Alizés montre ainsi qu'avec des budgets modestes on peut organiser des manifestations de qualité qui accueillent des artistes de renommée internationale.

A cela il existe des raisons :
une bonne connaissance des milieux musicaux étrangers
un cadre convivial pour l'accueil auquel les artistes sont très sensibles ce qui n'est pas sans effet sur leurs prétentions en termes de cachet
des coûts d'administration pratiquement nuls comparativement aux coûts d'organisation prévalant la plupart du temps ailleurs
la motivation de la Fondation Alizés : la passion, l'écoute de l'autre et un projet culturel résolument inscrit dans la modernité
La vie par-dessus tout
Vers un Printemps Musical des trois Cultures, Un printemps du dialogue dans un Maroc solidaire épris de justice et de paix.

Que faire par ces temps exécrables, ces temps de tragédies ? Il n'y a pas lieu de tergiverser mais d'aller à l'essentiel.
Quel choix adopter face à l' adversité ? faut-il renoncer à la vie, se laisser mourir, se prévaloir de la négation comme principe d'action, perdre sa foi en l'avenir !
Faudrait-il pour se barricader contre l'intolérable renoncer à tout, jusqu'à la vie même ?
On connaît des exemples courants dans l'histoire où les hommes écrasés de toutes parts par les malheurs du temps, se terrent chez eux et se laissent gagner par la mort.
Devrions-nous agir ainsi ? Faut-il que nous nous laissions mourir ?
Il est vrai que notre espace vital s'est rétréci du fait de l'Autre, de l'Autre égoïste. Le monde bascule autour de nous du fait de l'agression. Une immense et terrible solitude s'empare de nous et des temps difficiles nous guettent.

L'homme isolé, affaibli et sans recours rend son corps à la terre mais jamais son âme. Ses ultimes prières sont une réprobation de la dissolution à l'œuvre dans sa chair. À travers elles, la vie l'emporte sur le renoncement.

Alors devrions-nous renoncer et mourir en silence, je veux dire mourir un jour sans faire part de notre désir de vie, c'est-à-dire plus explicitement encore sans formuler de messages, de prières, de projets d'avenir ?
Serions-nous des sauvages pour reprendre ce qualificatif ignoble cité à Washington et écrit à Londres ?
Serions-nous confinés à nous laisser porter le casque du terroriste ?
Non, évidemment non !
Nous avons une histoire, une longue histoire à notre actif. Nous avons certes peu de
moyens, mais nous avons une culture qui peut nous aider à traverser les temps difficiles.
Alors faisons de notre culture un instrument de résistance, un instrument d'éveil, de prise de conscience de ce que réellement nous fûmes, de ce que réellement nous sommes, un instrument de dialogue avec tous les hommes épris de paix, de justice et de progrès.

Faisons bloc contre une culture cimetière faite de larmes et de deuils, contre une culture du désespoir qui nourrit la violence et la mort.
Ne nous laissons pas prendre au piège de la reddition culturelle. Ne nous laissons pas gagner par la mort. Nous avons tous vu à Bagdad l'autre jour, sur les écrans de télévision, un match de football dans une ville bombardée sans arrêt, un pied de nez à l'occupant opinait hâtivement tel journaliste, non pas, mais tout simplement la vie, la vie par-dessus tout même en présence de la mort.

Aussi toute notre activité culturelle ne devrait plus désormais se limiter au spectacle pour le spectacle. Toute manifestation devrait œuvrer à formuler ce projet culturel pour nous convaincre d'être envers et contre tout. A travers les musiques, le printemps des Alizés sera encore plus qu'avant un printemps du dialogue, un printemps des rencontres, un printemps contre la guerre, la terreur et au service de la paix.

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