Du 8 au 11 mai, Essaouira donne à nouveau rendez-vous à tous les mélomanes dans le cadre de son Printemps Musical des Alizés qui fête cette année sa huitième édition avec un programme exceptionnel. Quatre jours de fête et de bonheur rythmés par une musique plurielle et multiculturelle avec une vingtaine de concerts autour des meilleurs interprètes. Au programme, des oeuvres des plus grands : Mozart, Beethoven, Ligeti, Bartok, Bizet, Debussy, Sibelius, Grieg, Frank, Liszt, Chostakovitch, Moussorgski, Puccini, Donnizetti, Verdi, Brahms, Fauré, Chopin, Prokofiev, Haydn, Zanon, Bach, et d’autres encore. Une programmation portant le sceau de la rigueur, de l’originalité et de la créativité et qui va de la musique de chambre à la musique symphonique, de la musique classique à la musique populaire, du chant choral au lied et aux airs d’opéra, le tout proposé dans un bouquet éclatant de couleurs et d’harmonies. Avec des quatuors de Beethoven joués par l’ensemble Trepsycordes et le triple concerto du même compositeur interprété par l’Orchestre National de Lille, sous la baguette de Jean-Claude Casadesus, Essaouira 2008 nous propose des lieders avec Karen Vourch, des airs d’opéra avec le ténor Sébastien Guèze, le quintette à vent Moraguès qui nous promet des moments sublimes et la formation du Quai n°5 qui fera dialoguer les musiques du monde. Expression d’une ouverture et d’un pluralisme propres au Maroc, le Choeur des Trois Cultures sera là pour éblouir. Dirigé par Michel Piquemal (France), Nayer Nagui (Egypte) et Jalila Bennani (Maroc), ce Choeur proposera trois oeuvres en latin, en arabe et en hébreu. Avec l’Orchestre National de Lille et Jean- Claude Casadesus, le Choeur interprétera un grand ouvrage du répertoire sacré en latin, le Requiem de Fauré, avec en solistes Caroline Casadesus, soprano et Michel Piquemal, baryton. En seconde partie sera donnée en miroir et par le même Choeur enrichi de deux pianos et des percussions, une composition de Nayer Nagui « Falsafat Alhayât » dirigée par l’auteur, et une autre en hébreu d’Alain Huteau sur des extraits du Cantique des Cantiques sous la baguette de Michel Piquemal. Ce concert sera sans nul doute le point d’orgue de ce carrefour musical inédit d’échanges croisés qui chantent la paix. Le Festival des Jeunes Talents sera au rendez-vous comme à l’accoutumée, pour donner leurs chances aux jeunes espoirs marocains et étrangers. La porte est grande ouverte à tous les publics et les concerts sont gratuits. Placé sous le signe de toutes les formes d’expression artistique, le Printemps des Alizés va accueillir cette année encore à côté de toutes ces musiques, des expositions de peinture et d’autres rendez-vous culturels de qualité dont un concert en costumes d’époque.

L’oiseau est étymologiquement la vitesse, la diligence dans l’action. Le ciel est bien le lieu des prodiges et c’est miracle de s’y retrouver. C’est le propre du peintre, du prestidigitateur qu’il est de nous y conduire, de nous enivrer par cette envolée, par cette échappée aux contingences. Le créateur est ici maître de son oeuvre, et jamais la débandade ne s’en prend au groupe à l’envolée sereine flottant majestueusement devant nos yeux. L’oiseau présage de l’incertain chez les Arabes est commué en bonne fortune, il est la victoire sur le mal. Sa blancheur énonce la pureté des sentiments de la ville et exalte ses vertus. Envolée initiatique traçant la voie, approfondissant le sillon. L’oiseau est depuis la nuit des temps le messager de l’homme au divin. Il porte ses espérances et ses craintes, Il porte haut ses sentiments et le sort de son impuissance face aux éléments. Miloudi n’a pas requis de meilleur ambassadeur aux nôtres et ses oiseaux sont nos rêves que la musique porte aux nues. Son thème est bien la délivrance, visible dans les débordements volcaniques des bords de la toile, montées qui libèrent la formidable énergie des bas-fonds. Et quand celle-ci est rendue à elle-même, et quand elle est apaisée, elle entame alors une ascension sereine en direction des hauts lieux de maîtrise du monde. D’une telle ascension, les niveaux superposés de la toile font foi. La hauteur synonyme de sublime est ici est la règle. L’esprit avec elle prend le pas sur le corps. C’est ainsi que le peintre poète ressent le printemps des alizés, un moment de pur bonheur, de désentravement, d’enchantement, une envolée dans l’extraordinaire. Dans leur migration, les oiseaux de Miloudi montrent la voie. Ils ont l’habitude, eux qui sont guidés par l’instinct. Ils tournent le dos aux couleurs sombres et tiennent la nuit en respect. On perçoit en eux le mystère de la vie que disent dans leurs entrailles ces embryons de toutes sortes. Ils vont d’un élan sûr vers la lumière. Celle d’une aube dorée et étincelante qui les enveloppe et assure leur marche. C’est bien d’une ruée vers l’or, vers le paradis, que traite la toile. Le voyage et la rencontre font loi dans ce tableau. Le faste des jardins y est à son comble portant le beau à son apogée. Et c’est bien le mot de la fin de l’Eden. Nous le savons nous gens de voyage et d’écoute. La musique des alizés reprend en écho, de pays en pays, de langue en langue, de culture en culture cette ouverture que clame Miloudi par le trait. Comme dans l’ascension prônée dans la toile, les prophètes et les poètes sont interpellés dans les chants. Essaouira qui a inspiré ce peintre poète, habite scrupuleusement ses pinceaux. Elle est en elle-même un voyage ; le rivage, le port, toutes ces terrasses qui ne veulent rien manquer de la mer, les oiseaux, rien qui ne soit tendu vers l’horizon. Et l’île là-bas est déjà un relais vers l’ailleurs. Nous sommes aux limites des zones de départ favorables vers l’Amérique, vers le rêve de l’homme encore à rêver. Et c’est peut-être cette migration, ce cri de liberté vers l’Amérique du mythe qui remonte des profondeurs de la mémoire du peintre et de sa ville. Un cri longtemps retenu, longtemps comprimé dont il a seul ici le secret, dont il est le dépositaire.

Le programme de l’édition 2008 est d’une richesse inouïe. S’y côtoient Mozart, Schubert avec deux fameux quintettes, « la truite » et le grandiose quintette pour quatuor à cordes et violoncelle, Schumann avec le plus réputé des quintettes pour piano et cordes, Beethoven le maître du quatuor à cordes, Dvorak et son quintette avec piano et cordes, Boccherini et le magnifique quintette pour guitare, castagnettes et cordes dit « Fandango », un opéra baroque en costumes et instruments d’époque de Cavalli (La Calisto), un opéra de Mozart (L’imprésario) donné par des jeunes du Conservatoire de Strasbourg, sans parler de Barrère, Bernstein, Bottesini, Chostakovitch, Délibes, Dorati, Lavignac, Mompou, Orff, Paganini, Popper, Saint-Saëns. Avec en prime Astor Piazzola, Johann Strauss et Sayyed Darwich !

Le printemps des alizés a enfin trouvé sa place. Il va de Dar Souiri, espace de communion incomparable entre public et artistes pour la musique de chambre à Bab El Manzah, espace d’ouverture, de convivialité et de formidable écoute. La scène, installée en largeur, prônant de la sorte la proximité, est un signal net contre l’exclusion. Car ici il n’y a pas des publics mais un seul. Tout le festival est in, la musique va à tous sans distinction. Aussi cette musique est-elle devenue plurielle. Classique toujours et exigeante, mais ne boudant aucun genre prêt à flirter avec elle sans échouer dans le vulgaire. Et elle se permet tout. Ainsi a-t-on vu le grand poète Abou Nouâss chanté par le Choeur des Trois Cultures dans une composition de Didier Lockwood. C’est chose rare d’entendre, Abou Nouâss en version jazz dans une prière au bon Dieu en souvenir de sa bien aimée après le quatuor pour la fin des temps de Messian et l’envoûtant sextuor de Brahms en passant par la musique yiddich et les chants populaires arabes. L’unique règle du Printemps est l’exigence esthétique.

À la frontière d’autres musiques, des œuvres au croisement des cultures sont programmées qui vont droit au cœur. Un avant goût de la musique arménienne, musique emblématique de la rencontre de l’Orient et de l’Occident, avec des compositeurs tels Komitas et Babadjanian qui ont su faire partager aux autres leur identité musicale et qui ne manqueront pas, assurément, d’interpeller et d’émouvoir les amoureux de la musique andalouse. Leurs oeuvres montrent combien la fusion des musiques, et par-delà elles, celle des cultures, loin d’être une innovation ou une mode, est vieille comme le monde. La musique sépharade, expression plurielle et toujours porteuse de nostalgie, nous vient cette fois du Nord de l’Europe avec un ensemble autrichien, preuve de plus pour démentir le « choc des cultures ».

Mais le point d’orgue de ces carrefours musicaux sera sans conteste le concert du Chœur des Trois Cultures né de la volonté et de l’engagement de la Fondation des Trois Cultures. L’ensemble choral de cette fondation, formé de voix de différentes nationalités et religions, chantera des œuvres en arabe, en hébreu et en latin. L’œuvre de Carl Orff, Carmina Burana, dont le succès ne se démentira pas de sitôt, donnée dans une version originale pour pianos et percussions, sera un moment fort de cette édition dans la magnifique Halle aux Grains d’Essaouira. Le Printemps des Alizés est fier d’offrir à son public, après le Requiem de Mozart, cette œuvre unanimement saluée dans le monde entier.

Aux jeunes revient cette année encore une place centrale dans ce Festival non seulement avec les chanteurs et les chanteuses du Chœur des Trois Cultures mais aussi grâce au « festival Jeunes talents » qui a fait verser bien des larmes de joie l’année passée. Des jeunes marocains et étrangers, après un séjour de travail à Rabat, se produisent à Essaouira pour le plus grand plaisir d’un public séduit par la générosité et la spontanéité de leur virtuosité. Dans ce contexte, le Printemps des Alizés organise chaque jour des master classes pour les jeunes présents dans la ville à l’occasion du festival, s’affirmant ainsi comme un moment privilégié de partage et d’échanges.

Certes ces échanges croisés ne sont que musique et chants. Mais cette musique et ces chants révèlent à cette occasion un visage du Maroc profond en clamant sa différence face à la barbarie, la réalité d’un Maroc paisible confluent de cultures, riche d’une diversité ayant façonné sa convivialité. Ils laissent entrevoir ce que peut être le Maroc de demain, une terre d’entente et d’accueil et de prospérité. Essaouira née et pétrie dans le partage est une cité de la diversité ; elle en est une des plateformes reconnues aujourd’hui de par le monde. À ce titre, elle joint sa voix à celles de tous les amoureux de la paix.

La présence d’un ensemble vocal de jeunes Palestiniennes au Printemps Musical des Alizés, grâce au concours de bonnes volontés soucieuses du dialogue, s’inscrit dans cet esprit. Elle souligne combien aucune paix n’est possible sans le rétablissement d’un peuple dans ses droits légitimes. Une telle présence montre à suffisance que la musique ne rapproche pas seulement des gens qui en sont férus, elle est aussi un instrument de dialogue qui facilite le contact et le dialogue entre des ennemis jurés. A ce titre les échanges du Printemps des alizés, comme d’autres à travers le monde, ont un rôle essentiel dans le monde violent et injuste d’aujourd’hui.


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